mardi 27 mai 2008

Fêlures de la Maison-Dieu

Obligations, rachats. Dénonciations calomnieuses, arrangements. La boutique marchait bien, on vivait sans problème, la gosse était en école privée et on partait chaque été quelque part, toujours à l’hôtel. Le grand air, le soleil, accéléraient le processus de desquamation de toutes les peaux de la famille. Lézards, écailles, mues, sur fond de front populaire. Tous ces lieux de villégiatures spécialement modelées à l’intention des classes moyennes — tennis, pêche à pied et soirées animées — représentaient, pour nous autres, l’envers même de la boutique : c’était l’heure de l’oisiveté, des courtoisies et de l’accès aux rues, à la foule.
Un été trop long, l’un de nous décida de ne pas rentrer, de rester là. Certains partirent, d’autres hésitaient longtemps. Ce fût finalement la dissolution de la famille, les premières fêlures de la Maison-Dieu.
Aujourd’hui, chacun, de son côté, consulte encore, et jour après jour, la liste nationale des homicides sur des tableaux d’affichages municipaux.